Association des Amis de l'orgue de Notre-Dame de Guibray

In Memoriam Yvonne Gide













(article de presse de Jean-François LEFEVRE)

Argentan : disparition d'Yvonne Gide

Les « enfants d’Yvonne » vont pleurer jeudi à l’église : Mlle Gide qui s’est éteinte vendredi à l’âge de 87 ans, à l’hôpital d’Argentan. Ils sont nombreux....

Les « enfants d’Yvonne » vont pleurer jeudi à l’église Mlle Gide qui s’est éteinte vendredi à l’âge de 87 ans, à l’hôpital d’Argentan. Ils sont nombreux tous ceux qu’elle a laissés venir à elle… Femme au caractère trempé, elle a su transmettre tellement de passion aux gens qui acceptaient de la suivre. Elle ne s’est jamais moquée de ceux qui ne savaient pas…. Professeur pendant plus de trente ans, au lycée Mézeray, en anglais, alors qu’elle aurait préféré enseigner l’allemand, c’est la musique qui a donné sens à sa vie. Elle a pris par la main tant de jeunes et de personnes de tous âges pour leur faire découvrir l’orgue. Cet instrument était au coeur de sa vie.

Gustav Léonhardt

Toute petite, à Lorient où elle habitait pendant la guerre, elle avait rapidement quitté les cours de piano pour se consacrer au grand instrument. Le répertoire des orgues lui convenait. « Avant Bach c’était bien, après, c’est fichu ! …  », répétait-elle, « ou alors la musique du XXe siècle !  » Au moment où Gustav Léonhardt, (organiste, claveciniste et chef d’orchestre) remettait au goût du jour la musique ancienne et la musique Baroque, Yvonne remplissait les salles avec les concerts qu’elle organisait. Les plus grands musiciens dans ce domaine sont passés dans nos églises et nos châteaux.
Elle aimait tant cette musique qu’elle nous persuadait d’aimer à notre tour. Alors on la suivait. Tout « jeune amateur » pour ses passions devenait un intime, son enfant. Elle a su créer autour de ND de Guibray, à Falaise, un carrefour pour les musiques anciennes et baroques. « Moi je fais l’Europe de cette façon là !  »

Guibray

Elle était présidente de l’Association des Amis de l’Orgue qu’elle cède en 2004. « Son » orgue a fini par être classé et restauré. Comme celui de Vire aussi. Un tour de force à une époque où ces instruments avaient perdu leur public. A Falaise l’activité y est devenue intense.
Malgré les infarctus qui ont ralenti son rythme, Yvonne Gide ne s’est pas gênée de s’échapper plusieurs fois des hôpitaux, avec des copains complices, sous l’œil noir des services médicaux. Elle rentrait chez elle, fatiguée, épuisée, mais repartait dans ses projets. S’il manquait un organiste, un trou dans la programmation, elle assurait elle-même le concert. A la tribune, elle prenait la parole et expliquait cette musique qu’elle allait jouer : des œuvres de Nivers, de Couperin, Sweelinck, Marchand, etc. Certains concerts avaient lieu en plein hiver. Avec ses doigts déformés, un gros pull et un bonnet de laine… rien ne l’arrêtait. Elle a monté le festival d’Orgue d’Argentan, où elle était aussi titulaire, qui a lieu en été. Deux disques ont été diffusés pour laisser trace de ses musiciens favoris et des orgues de Normandie.
Elle a reçu de bon cœur, des mains de son ami Léonhardt, la médaille de Chevalier des Arts et Lettres « la seule distinction qui vaut le coup !  » précisait Yvonne Gide qui n’accordait pas grand crédit aux médailles. Parfois, elle savait ne pas être tendre avec les gens ou le système. L’Europe, les femmes, mai 68, la religion. Elle était un peu rebelle Yvonne mais tout s’arrangeait autour d’un verre de whisky, un petit rouge et la cuisine que les amis préparaient « je vous laisse faire moi je ne sais faire que des soupes ». On riait beaucoup à sa table. On se disputait aussi. Les chiens occupaient une grandes importances dans sa vie. « Il y a une vérité dans leur regard » ; les siens ont porté le nom des musiciens qu’elle aimait. Les voitures, elle aimait aussi : « au feu je laisse tout le monde derrière avec ma 304. On voit l’intelligence de quelqu’un à sa conduite. » Les arbres, elle les laissait pousser dans sa cour « ça protège les oiseaux des chats. » Les oiseaux « c’est extraordinaire le chant des merles au printemps, quels musiciens !  », la mer : « je voudrais la revoir ».

André Gide

Avec le nom de Gide, Yvonne avait gardé les idées de sa famille, celles du grand écrivain qui fut son grand-oncle. Elle l’avait vu toute jeune et s’en souvenait comme d’un homme austère. Elle appréciait cette rigueur protestante.
Toute petite, toute tassée, usée de lutter pour vivre, vivre passionnément, un jour, Yvonne n’a plus eu la force d’ouvrir ses volets. Elle est retournée à l’hôpital, et définitivement s’en est échappé avec la Camarde pour nouvelle complice à cette fuite. Elle n’a finalement pas souhaité rester dans un cimetière normand et sera enterrée en celui de Lorient, près de ses parents.

Jean-François LEFÈVRE



16 Septembre 2011.












16 Septembre 2011 - Retour vers la page d'accueil